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MICHEL DE BRUXELLES

MICHEL DE BRUXELLES

Prenez du rire, des larmes, un soupçon de réflexion, des coups de coeur ou de colère, de l'étonnement, de l'abattement, du social, des infos marrantes, insolites, scientifiques, people, sérieuses. Mélangez le tout et découvrez mon blog qui se veut tout public.

Publié le par

UN ACCIDENTE DE LA VIE RACONTE SA DESCENTE AUX ENFERS
Dans un parking souterrain, quelque part à Bruxelles, un homme est dissimulé derrière des bennes à ordures. L'approche est craintive, mais l'occupant des lieux se révèle peu féroce. Il dit s'appeler Marc et avoir 46 ans.
Cet emplacement réservé aux poubelles est devenu son repaire nocturne. Rongé par la culpabilité, ces accidenté de la vie ne semble pas avoir parqué son lit de carton dans ce lieu et au milieu des voitures par hasard. A la question de savoir ce qui l'a mené à vivre ainsi, il répète sans cesse la même rangaine qui trahit le poids de ses remords : "Le 12 octobre 1989 à 21h45 environ, j'ai eu un  accident de voiture. Tout est de ma faute car je roulais trop vite. J'ai tué ma compagne sur le coup et je suis tombé dans le coma. Nous allions voir un spectacle...".
Sa déclaration est interrompue par la sortie de spectateurs qui retournent à leur voiture dans ce sous-sol d'un théâtre bruxellois.
En les voyant rentrer dans leur voiture, Marc nous dit : "Un jour, quand je serai propre sur moi, j'irai à un spectacle...".  Cette fenêtre sur l'art résonne en lui comme un rappel à sa vie d'antan : "J'ai été photographe, j'ai travaillé pour canal+ et j'ai dirigé P&T Productions avec Th. Taburiaux. On  a fait le Chat de Geluk et la BD de Dany...".
Ce pourrait être une histoire farfelue de sans-abri à laquelle personne ne croit. Pourtant Th. Taburiaux, que nous avons contacté, corrobore ses dires : " Je le connais depuis tout petit. Vers 1985, on a fait les cartes de voeux du Chat de Geluk. Nous avions d'ailleurs pris contact via votre journal car il travaillait chez vous à l'époque.
Marc a fait un bon début de carrière puis son accident l'a transformé".

Seule la rue a toléré la lenteur de sa reconstruction. Mais elle est perverse et use aussi. Vieilli à outrance par ses huit années d'infortune, Marc dépeint sa déchéance : "Quand je me suis réveillé, après deux mois de coma, j'ai été ballotté d'un centre médical à un autre. Comme j'étais indépendant, je me suis vite retrouvé sans argent. J'ai dû quitter la maison que je louais. De ma famille, je n'avais plus que mon père et je n'ai pas osé lui en demander trop. J'ai logé chez des amis puis, au fil des mois, je les ai tous perdus. Après, j'ai fait le tour des centres d'accueil."
Depuis trois ans, ce débrouillard refuse d'y remettre les pieds : "Quand tu tombes en rue, c'est dur car tu ne connais pas toutes les ficelles pour te nourrir ou te laver et dans ces centres je n'aime pas me retrouver avec les autres". 

Tout ce que nous lui souhaitons c'est qu'un jour, le plus tôt possible, Marc retrouve l'envie d'être à nouveau propre pour retourner voir un spectacle...et revivre.
                         

      article extrait du journal "Le Soir" du samedi 11 février 2012.

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